Robert Pattinson dans Cosmopolis de David Cronenberg © Stone Angels
On le sait, cette soixante-cinquième édition dufestival de Cannes est hantée par la peur de l'éclipse, effrayée par une possible interaction avec la politique, comme l'année dernière avec l'affaire DSK. A raison, les organisateurs ont préféré repousser l'événement d'une semaine, afin qu'il ne soit pas parasité par les élections présidentielles (les deux tours de vote étant organisés le 22 avril et le 6 mai). De fait, cette édition se déroulera du 16 au 27 mai. Au programme ? Du lourd.
Haneke, Audiard, Cronenberg, Loach : des habitués et des rebelles
Avant la conférence de presse de ce jeudi matin, les rumeurs allaient bon train. Restaient quelques énigmes comme les nouveaux James Gray (Low Life) et Terrence Malick (The Burial), candidats potentiels et finalement absents - leurs films n'étant pas prêts. Outre Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, annoncé depuis quelques semaines comme film d'ouverture, on retrouve sans surprise en compétition quelques habitués. Michael Haneke, naguère ovationné et hué avec Funny Games, multi-récompensé avec La Pianiste, applaudi avec Caché, palmé d'or avec Le Ruban Blanc, revient avecAmour, dans lequel se rencontrent deux gloires : Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. David Cronenberg porte au pinacle Robert Pattinson, le héros de Twilight, à contre-emploi dans Cosmopolis.Jacques Audiard dirige Marion Cotillard dans De Rouille et d'os et fréquente un registre inhabituel (la chronique polyphonique et les histoires d'amours plurielles).
Hong SangSoo, cinéaste des fugues éthyliques, régulièrement en compétition à Cannes, paume Isabelle Huppert en Corée dans le bien nommé In Another Country. Alain Resnais, vétéran respectable de 89 ans, assure un film inédit si l'on en croit le titre, Vous n'avez encore rien vu. Carlos Reygadas et Ulrich Seidl, eux aussi chouchous rebelles de Cannes - le premier avec Post Tenebras Lux; le second avec Paradis : Amour attisent la polémique. Ken Loach, palme d'or avec Le vent se lève, fera dans le feel-good movie avec The Angels' Share. Et Cristian Mungiu, palme d'or avec Quatre mois, trois semaines et deux jours, convoque le diable dans Beyond The Hills. De quoi trembler ? Oui, mais pour de bonnes raisons.
Sous le soleil de Satan
Constat inévitable après le sacre de films fédérateurs comme Polisse et The Artist l'an passé, cette compétition s'annonce pour le moins radicale entre les chevronnés qui prennent des risques (Audiard, Cronenberg, Haneke, Kiarostami) et les jeunes talents qui devraient confirmer les promesses (Andrew Dominik, Jeff Nichols, John Hillcoat, respectivement remarqués avec les sublimes L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Take Shelter et The Proposition). Une année qui s'annonce provoc, aussi : Leos Carax (Holy Motors) arpente le tapis rouge des années après le scandale Pola X ; Sergei Loznitsa (Im Nebel), expérimentateur autiste, promet de bousculer une nouvelle fois les us et coutumes de la grammaire cinématographique ; Lee Daniels (The Paperboy) dont le précédentPrecious, naguère présenté dans la section «Un Certain Regard», avait beaucoup divisé. Reste une question : qui remportera la si convoitée Palme d'or ? Quel film aura les grâces de Nanni Moretti, président du jury que l'on soupçonne exigeant - à en juger ses déclarations sur The Artist ?
Cannes reste Cannes
Si, à quelques exceptions près (Moonrise Kingdom, de Wes Anderson ; De rouille et d'os, de Jacques Audiard ; On The Road, de Walter Salles ; The Angels'Share, de Ken Loach), la compétition s'annonce extrême, les stars seront au rendez-vous, confessant au passage un plaisir manifeste pour la performance, le contre-emploi, l'encanaillement. Jugez plutôt : Kylie Minogue et Eva Mendes chez Leos Carax, Robert Pattinson chez Cronenberg, Nicole Kidman chez Lee Daniels, Brad Pitt chez Andrew Dominik (voir notre diaporama : Festival de Cannes : ces stars qui nous éblouiront sur le tapis rouge). Au pays du strass et du glamour, les stars veulent être maltraitées, osent fréquenter des territoires audacieux et inédits, bouleversent les jugements hâtifs et les a priori cinéphiles. «Vous allez aimer les détester» semblait sous-entendre Frémaux en conférence de presse. Comme les films. On ne demande pas mieux.
Par Romain Le Vern le 19 avril 2012 à 17:30
On le sait, cette soixante-cinquième édition dufestival de Cannes est hantée par la peur de l'éclipse, effrayée par une possible interaction avec la politique, comme l'année dernière avec l'affaire DSK. A raison, les organisateurs ont préféré repousser l'événement d'une semaine, afin qu'il ne soit pas parasité par les élections présidentielles (les deux tours de vote étant organisés le 22 avril et le 6 mai). De fait, cette édition se déroulera du 16 au 27 mai. Au programme ? Du lourd.
Haneke, Audiard, Cronenberg, Loach : des habitués et des rebelles
Avant la conférence de presse de ce jeudi matin, les rumeurs allaient bon train. Restaient quelques énigmes comme les nouveaux James Gray (Low Life) et Terrence Malick (The Burial), candidats potentiels et finalement absents - leurs films n'étant pas prêts. Outre Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, annoncé depuis quelques semaines comme film d'ouverture, on retrouve sans surprise en compétition quelques habitués. Michael Haneke, naguère ovationné et hué avec Funny Games, multi-récompensé avec La Pianiste, applaudi avec Caché, palmé d'or avec Le Ruban Blanc, revient avecAmour, dans lequel se rencontrent deux gloires : Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. David Cronenberg porte au pinacle Robert Pattinson, le héros de Twilight, à contre-emploi dans Cosmopolis.Jacques Audiard dirige Marion Cotillard dans De Rouille et d'os et fréquente un registre inhabituel (la chronique polyphonique et les histoires d'amours plurielles).
Hong SangSoo, cinéaste des fugues éthyliques, régulièrement en compétition à Cannes, paume Isabelle Huppert en Corée dans le bien nommé In Another Country. Alain Resnais, vétéran respectable de 89 ans, assure un film inédit si l'on en croit le titre, Vous n'avez encore rien vu. Carlos Reygadas et Ulrich Seidl, eux aussi chouchous rebelles de Cannes - le premier avec Post Tenebras Lux; le second avec Paradis : Amour attisent la polémique. Ken Loach, palme d'or avec Le vent se lève, fera dans le feel-good movie avec The Angels' Share. Et Cristian Mungiu, palme d'or avec Quatre mois, trois semaines et deux jours, convoque le diable dans Beyond The Hills. De quoi trembler ? Oui, mais pour de bonnes raisons.
Sous le soleil de Satan
Constat inévitable après le sacre de films fédérateurs comme Polisse et The Artist l'an passé, cette compétition s'annonce pour le moins radicale entre les chevronnés qui prennent des risques (Audiard, Cronenberg, Haneke, Kiarostami) et les jeunes talents qui devraient confirmer les promesses (Andrew Dominik, Jeff Nichols, John Hillcoat, respectivement remarqués avec les sublimes L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Take Shelter et The Proposition). Une année qui s'annonce provoc, aussi : Leos Carax (Holy Motors) arpente le tapis rouge des années après le scandale Pola X ; Sergei Loznitsa (Im Nebel), expérimentateur autiste, promet de bousculer une nouvelle fois les us et coutumes de la grammaire cinématographique ; Lee Daniels (The Paperboy) dont le précédentPrecious, naguère présenté dans la section «Un Certain Regard», avait beaucoup divisé. Reste une question : qui remportera la si convoitée Palme d'or ? Quel film aura les grâces de Nanni Moretti, président du jury que l'on soupçonne exigeant - à en juger ses déclarations sur The Artist ?
Cannes reste Cannes
Si, à quelques exceptions près (Moonrise Kingdom, de Wes Anderson ; De rouille et d'os, de Jacques Audiard ; On The Road, de Walter Salles ; The Angels'Share, de Ken Loach), la compétition s'annonce extrême, les stars seront au rendez-vous, confessant au passage un plaisir manifeste pour la performance, le contre-emploi, l'encanaillement. Jugez plutôt : Kylie Minogue et Eva Mendes chez Leos Carax, Robert Pattinson chez Cronenberg, Nicole Kidman chez Lee Daniels, Brad Pitt chez Andrew Dominik (voir notre diaporama : Festival de Cannes : ces stars qui nous éblouiront sur le tapis rouge). Au pays du strass et du glamour, les stars veulent être maltraitées, osent fréquenter des territoires audacieux et inédits, bouleversent les jugements hâtifs et les a priori cinéphiles. «Vous allez aimer les détester» semblait sous-entendre Frémaux en conférence de presse. Comme les films. On ne demande pas mieux.
Par Romain Le Vern le 19 avril 2012 à 17:30
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