vendredi 13 avril 2012

Corée du Nord : la fusée s'est désintégrée peu après le décollage

SEOUL, LE 12 AVRIL. Les Sud-Coréens regardent à la télévision une animation sur la fusée nord-coréenne quelques heures avant son lancement. Quelques minutes après avoir décollé, elle s'est désintégrée.


L'opération de prestige a viré au fiasco. La Corée du Nord a raté vendredi le tir d'une fusée qui devait mettre en orbite un satellite d'observation terrestre, une «provocation» qui a suscité la convocation en urgence du Conseil de Sécurité de l'ONU. Il s'agit de la troisième tentative ratée de la mise en orbite d'un satellite par la Corée du Nord, après deux échecs en 1998 et en 2009. Malgré le concert de protestations internationales, les autorités de Pyongyang ont élevé le niveau d'alerte de leurs forces armées, selon des observateurs en Corée du Sud.

Après un silence de plus de quatre heures, l'agence officielle de presse KCNA a reconnu que «la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) a lancé son satellite Kwangmyongsong-3 (...) à 07h38m55s vendredi. Le satellite d'observation terrestre n'a pas réussi à entrer en orbite». L'agence ajoutait que «les scientifiques, les techniciens et les experts sont en train d'étudier les raisons de cet échec».  

La fusée se désintègre et s'abîme en mer

Peu après le lancement, les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens et japonais ont annoncé que la fusée s'était désintégrée en vol peu après son décollage du Centre spatial de Tongchang-ri (nord-ouest). «Les systèmes américains ont détecté et suivi le lancement d'un missile nord-coréen Taepodong-2 à 18h39 (0h39 en France)», a annoncé le Commandement de la défense aérienne nord-américain (NORAD). 

La Corée du Sud précisait que le lanceur avait volé «une ou deux minutes avant d'exploser dans l'air», confirmant une information fournie par le ministre japonais de la Défense. Selon Christian Lardier, spécialiste de l'espace à la revue française Air et Cosmos, l'échec s'est produit «au milieu du fonctionnement du premier étage». Le premier étage de l'engin est tombé en mer à 165 kilomètres à l'ouest de Séoul en Mer Jaune. Les deuxième et troisième étages «n'ont pas fonctionné», explique le NORAD, ajoutant que les débris étaient tombés en mer, sans jamais constituer une menace. 

Le Taepodong-2 est un missile balistique à longue portée que la Corée du Nord tente de mettre au point, déjà testé en juillet 2006 et en avril 2009. Les Américains et leurs alliés dénoncent dans cette tentative l'essai d'un missile balistique intercontinental. Ils y voient une «provocation» du régime nord-coréen qui défie la communauté internationale.  



Réunion d'urgence du conseil de sécurité de l'ONU

Le club des pays riches du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, , Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) a dénoncé l'action de Pyongyang et appelé à une réponse «appropriée» de l'ONU. Selon un diplomate des Nations Unies, les 15 membres du Conseil de sécurité doivent se réunir en urgence vendredi «pour décider des prochaines étapes» à envisager. 

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, avait expliqué avant le tir que tous les membres du Conseil étaient d'accord sur le fait que le lancement de la fusée nord-coréenne constituerait une «violation» d'une résolution du Conseil de sécurité adoptée en 2009. L'Union européenne a également dénoncé ce vendredi cette violation, ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon. La résolution 1874 interdit à la Corée du Nord de procéder à des essais nucléaires ou balistiques. Pyongyang avait présenté ce tir comme le lancement d'une fusée Unha-3 devant placer en orbite un satellite civil d'observation terrestre de 100 kg. 

La Chine, l'Inde et la Russie appellent à la retenue, Séoul sur ses gardes

Après un long silence trahissant son embarras, la Chine a indiqué vendredi ne pas avoir été prévenue de ce lancement, mais s'est abstenue de condamner le tir. «Nous espérons que toutes les parties vont garder leur calme, faire preuve de retenue et ne rien faire qui nuirait à la paix et à la stabilité de la péninsule (coréenne)», a déclaré le porte-parole de la diplomatie chinoise. La Russie et l'Inde ont également appelé à la retenue. 

Les autorités de Séoul restent sur leurs gardes. «Nous restons attentifs à tout nouvel acte de provocation de la part du Nord, comme des essais de missiles et un essai nucléaire», a prévenu vendredi le ministère sud-coréen de la Défense. La Corée du Sud fait référence à l'essai nucléaire réalisé par Pyongyang dans la foulée de son précédent tir de fusée en 2009.

Les autorités nord-coréennes espéraient faire coïncider la mise en orbite de leur satellite avec les festivités marquant le centième anniversaire dimanche de la naissance du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-Sung, né le 15 avril 1912 et décédé en 1994. Des célébrations grandioses sont prévues dimanche dans la capitale Pyongyang sous la direction de Kim Jong-Un, héritier de l'unique dynastie communiste du monde, qui vient d'accéder cette semaine aux deux plus hauts postes du Parti du Travail de Corée.

La tentation d'un essai nucléaire pour effacer le fiasco

Les experts pensent que la Corée du Nord pourrait procéder rapidement à un nouvel essai nucléaire pour sauver la face après l'explosion de sa fusée. L'«humiliation» nationale, selon Marcus Noland, du Peterson Institute for International Economics basé à Washington, devrait convaincre le nouveau dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un de réaliser un nouvel essai nucléaire, en violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité. «Il serait facile de jubiler, mais paradoxalement, l'échec du missile pourrait avoir aggravé le danger que court le monde (...). Avant le tir, il était probable que la Corée du Nord conduise un troisième essai nucléaire. C'est désormais une quasi certitude», estime-t-il. Selon un responsable sud-coréen s'exprimant sous couvert de l'anonymat, des préparatifs étaient en cours à Punggye-ri, où le Nord a réalisé ses deux précédents essais. 
Le Nord posséderait suffisamment de plutonium pour armer six à huit engins atomiques. L'incertitude demeure sur sa capacité à développer une tête nucléaire pour missile à longue portée. Pyongyang et Washington avaient signé fin février un accord prévoyant la suspension par le Nord des lancements de missiles à longue portée, des essais nucléaires et des activités d'enrichissement d'uranium en échange d'une aide alimentaire américaine. Cet accord est désormais caduc pour Washington alors que la Corée du Nord le considère toujours valable, démentant la nature militaire de ses activités spatiales. 


VIDEO. Il y a quelques jours, la Corée du Nord présentait sa fusée à la presse




VIDEO. Le Japon avait déployé des batteries anti-missile


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