jeudi 12 avril 2012


Mamère: «En politique, on traite mal les gens qui ne votent pas»

Noël Mamère à La Rochelle, le 25 février 2010.
Noël Mamère à La Rochelle, le 25 février 2010. (Regis Duvignau / Reuters)
INTERVIEWL'élu EE-LV accuse Nicolas Sarkozy d'être «à la reconquête d’un électorat d’extrême droite» alors que le Sénat examine jeudi une proposition de loi pour le droit de vote des étrangers.
RECUEILLI PAR LAURE EQUY
«Un texte emblématique pour la gauche», selon le président (PS) du Sénat, Jean-Pierre Bel, et contre lequel UMP et FN sont vent debout, se livrant une rude concurrence pour apparaître come l’opposant le plus virulent. Jeudi, sera examinée par la Haute Assemblée une proposition de loi constitutionnelle visant à autoriser les étrangers non ressortissants de l’UE, résidant en France depuis plus de cinq ans, à voter aux élections municipales.
Adopté une fois par les députés -alors à majorité à gauche- mais pas inscrit au Sénat, rejeté à plusieurs reprises -comme en juin 2008, lireici-, un tel texte a pour la première fois ses chances de passer au Sénat, à gauche en septembre. «Ce serait un symbole fort d’une société qui veut vivre ensemble alors que la droite veut la confiner dans des verbiages nationalistes dépassés», estime la sénatrice (Europe Ecologie-Les Verts), Esther Benbassa, rapporteure de la proposition de loi. Celui qui avait été rapporteur du texte à l’Assemblée en 2000, le député (EELV) Noël Mamère, juge qu’«à l’approche d’un débat présidentiel», on doit débattre d’un «sujet aussi important».
Alors que le droit de vote des étrangers fait son retour au Sénat jeudi, votre proposition de loi avait été votée il y a 11 ans à l’Assemblée. Rappelez-nous ce qui avait bloqué.
Ma proposition de loi a été adoptée le 3 mai 2000 à l’unanimité de la gauche. Lionel Jospin - qui était Premier ministre -  avait alors le choix de la laisser dans les tiroirs de la République ou de la présenter au Sénat. Il avait refusé sachant que le Sénat, à l’époque à droite, ne l’aurait pas adopté. C’est son choix, nous, nous estimions que c’était l’occasion d’un débat. A ce moment-là nous n’étions pas à 61% d’opinions favorables - comme dans ce sondage BVA pour Le Parisien, paru le 28 novembre, ndlr - mais une majorité de Français approuvait déjà le droit de vote des étrangers.
Pourquoi ne parle-t-on que des élections locales, et non pas aussi de la présidentielle et des législatives?
On s’est aligné sur le traité de Maastricht qui accordait le droit de vote aux ressortissants de l’Union européenne pour les élections locales. Nous jugions anormal de faire une distinction entre un étranger communautaire et un étranger extracommunautaire. Après, le débat porte sur une question de souveraineté nationale; le député est porteur d’une part de souveraineté nationale, on n’a pas voulu pousser le bouchon trop loin!
L’UMP et le FN accusent la gauche d’arrière-pensée électorale en relançant ce débat à cinq mois de la présidentielle. Que leur répondez-vous?
Pourquoi à l’approche d’un débat présidentiel, ne devrait-on pas débattre d’un sujet aussi important? Comme le nucléaire, il faut pouvoir discuter, dans cette période, de ces questions essentielles.
Dès la victoire de la gauche au Sénat en septembre, la nouvelle majorité a évoqué ce sujet. Pourquoi est-il essentiel, selon vous?
On demande aux étrangers qui vivent en France de payer leurs impôts mais ils ne pourraient pas participer aux choix de notre destin collectif, ils ne pourrait pas choisir leurs élus. Pour comptabiliser le nombre de conseils municipaux, on tient compte du nombre d’habitants de la commune, donc aussi des étrangers. Les étrangers sont une bonne chair à fabriquer des conseillers municipaux mais s’ils veulent voter, on leur dit: «circulez y a rien à voir!» C’est anormal qu’ils n’aient pas de contrepartie.
En politique enfin, on traite mal les gens qui ne votent pas. Le vote est une sanction démocratique, ceux qui n’ont pas ce droit de vote sont traités n’importe comment.
C’est François Fillon qui défendra la position du gouvernement jeudi au Sénat. Nicolas Sarkozy a jugé «hasardeuse» la proposition de loi. Le collectif Droite populaire de l’UMP et le FN ont chacun lancé une pétition. Comment-jugez-vous cette opposition forte au droit de vote des étrangers?
La droite pousse des cris d’orfraie sur le fait que le vote devrait, selon elle, être adossé à la nationalité, mais c’est cette même droite qui a érigé des barrières, loi après loi depuis que Sarkozy est ministre de l’Intérieur, pour empêcher l’acquisition de cette nationalité.
Quant à Nicolas Sarkozy, il se renie aujourdhui. De même qu’il avait donné des signes sur l’homoparentalité et le mariage homosexuel, ce n’est pas la première fois qu’il dit le contraire de ce qu’il défendait hier. Il est une sorte d’avion renifleur qui est à la reconquête d’un électorat d’extrême droite.

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