"Les sondés envisagent la campagne dans sa totalité", assure la Sofres.
Reuters
Après la chronique du philosophe Raphaël Enthoven dans L'Express, qui critiquait "les questions qui ne veulent rien dire" des sondages de la campagne présidentielle, l'institut Sofres a tenu à répondre.
[Express Yourself] Le problème, hélas, avec la critique des sondages est qu'elle souffre souvent de ce que très exactement elle reproche à son objet: manque de rigueur et opportunisme médiatique. Et quand c'est un philosophe qui, comme Raphaël Enthoven dans ces colonnes la semaine dernière, succombe à la polémique facile, c'est regrettable.
Le propos offensé de M. Enthoven - nous nous moquerions du monde, rien de moins - prenait pour cible notre sondage sur les dynamiques de campagne et plus particulièrement la question: "Selon vous, chacun des candidats à l'élection présidentielle suivants, est-il en train de gagner des points ou perdre des points pour l'élection présidentielle?".
Pour lui, la question est d'abord "absurde" et "inutile car tautologique", l'équivalent de "pensez-vous que le candidat dont les sondages indiquent qu'il progresse dans l'opinion est effectivement en train de progresser dans l'opinion?".
Ce raccourci est aussi symptomatique que navrant. Il consiste à placer les sondages au centre de tout pour mieux s'en offusquer par la suite. Mais n'en déplaise à Raphaël Enthoven, quand on leur demande qui gagne (ou perd ou ne gagne ni ne perd) des points dans la course à l'élection présidentielle, les sondés, eux, ne prennent pas les choses au pied de la lettre et ne pensent pas spontanément et exclusivement aux points sondages d'intentions de vote. Les résultats en témoignent: ils envisagent la campagne de façon bien plus globale à travers le prisme des meetings, des interventions télévisées, émissions politiques, journaux télévisés, de l'affichage dans les rues, des rencontres au gré de leurs marchés, des sondages, certes, mais bien plus globalement de l'occupation de l'espace réel et médiatique, avec succès ou non, par les candidats.
Considérer le dispositif dans son ensemble
Selon M. Enthoven, notre question serait également "malhonnête" car elle placerait de façon indue les Français en position d'experts" et "cynique" car, ce faisant, elle les mettrait dans la situation intenable de devoir émettre une opinion en contradiction avec leur choix politique.
Ce point combine mépris et méconnaissance de l'"opinion". Les Français ne sont peut-être pas des "experts" aussi avisés que peut l'être un philosophe mais ils sont, eux aussi, des acteurs et observateurs, des parties prenantes de l'élection. Serait-il illégitime de les interroger sur la perception qu'ils ont de la façon dont les candidats mènent campagne? D'autant que la question, telle que posée, leur permet justement de se prononcer en transcendant leur propre intention à l'égard de ces candidats. Et, là encore, force est de constater que c'est ce qu'ils font, tout à fait capables de reconnaître que celui qui a leur préférence est dans une situation de statu quo voire en perte de vitesse.
A cela on ajoutera que Raphaël Enthoven n'a de surcroît pris pour objet d'énervement qu'une mesure isolée sans s'aviser que cette question était posée de façon hebdomadaire depuis le début de l'année ce qui en fait tout l'intérêt. Considérer le dispositif dans son ensemble lui aurait certainement évité un emportement inutile. Car aussi imparfaite soit une formulation de question, on conviendra qu'en l'espèce les réponses et leurs évolutions donnent un déroulé fort intéressant de la campagne actuelle. Un contrepoint également pertinent aux intentions de vote qui, elles, font état de rapports de forces préélectoraux beaucoup plus stables que ne l'est la dynamique de campagne. Pas d'indexation de l'une sur les autres même si la première permet parfois de voir des mouvements se dégager et d'en expliquer l'émergence et les secondes de tempérer les évolutions très sensibles à l'actualité. Bref, chacune de ces deux mesures ont un intérêt. Et notamment celui de la complémentarité. Mais, encore une fois, cela nécessite d'envisager les choses avec un peu de recul et dans leur globalité.
Par la Sofres, institut d'études marketing et d'opinion international.
Lire la réponse de Raphaël Enthoven à la réponse de la Sofres: "Le système des sondages se mord la queue"
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