mercredi 11 avril 2012

Bayrou y croit encore, c’est fou, non ?


Alors que Bayrou descend doucement dans les sondages Bayrou croit encore être présent au second tour. Alors c'est parfois le déchaînement de railleries, on parle de son déni, de son illumination, de la Vierge, de son orgueil inter-galactique et il faudrait être un fieffé imbécile pour ne pas douter un peu qu'il puisse être en finale. Et même si à l'impossible nul n'est tenu, reste à définir cet impossible.
Avant de regarder de plus près quelle est la marge de crédibilité de Bayrou au second tour, il est intéressant de faire une analyse - toute personnelle et non vérité d'Evangiles - ce qui a amené cette lente descente de Bayrou.
Il y en a qui croient dans un grand dessein, ici il s'agit plutôt d'une conjonctions d'un nombre important de phénomènes qui se sont concertés (façon de parler) pour arriver à ce résultat. Je ne pense pas qu'il y ait quelque complot qui soit contre Bayrou. En revanche il y a des intérêts communs, au moins des deux candidats Hollande et Sarkozy qui seraient tous les deux battus par le seul Bayrou avec ce paradoxe que chacun a besoin de ses électeurs pour l'emporter d'où cette danse de je t'aime/ je t'aime pas avec lui. De temps en temps il n'a pas de programme, de temps en temps ce n'est pas si mal. De temps en temps il n'est ni à gauche, ni à droite et nulle part, puis il est dans le camp de l'UMP ou a sa place à gauche. Les mêmes qui disent que Bayrou est à droite, le lendemain disent qu'il serait bien à leurs côtés. N'est-ce pas Aubry qui dit que Bayrou n'est ni de gauche, ni de gauche, puis le bras droit de Hollande qui dit qu'il a toute sa place à gauche et que Hollande qui dit qu'il a de bonnes idées après avoir dit qu'en regardant son programme il avait peur du vide ? N'est-ce pas Juppé qui dit que Bayrou est ignoble pour ensuite dire qu'il serait un bon Premier Ministre de Sarkozy ? Cette introduction pour dire que les journalistes raillent le positionnement de Bayrou soi disant changeant, alors qu'il a une constance d'airain, et n'en disent pas un mot sur ces variations de cap permanentes de l'UMP et du PS vis-à-vis de lui et vont même, le comble, dire que c'est lui qui hésite entre la droite te la gauche quand il ne cesse de proposer une autre voie et que les deux, UMP et PS, eux changent sans arrêt d'attitude vis-à-vis de lui.
Le premier élément à prendre en compte est un élément de surcharge médiatique pour les deux candidats en tête des sondages. Pendant plus de deux mois cela fut écrasant. mais cela a continué encore en mars du double fait que ni les commentaires, ni les media classiques ne sont concernés par les règles du CSA. Ensuite lorsque la règle d'égalité de temps de parole, mais non stricte - c'est-à-dire que ni les commentaires n'étaient comptés, ni les horaires différents considérés - , est arrivée est survenu les drames de Toulouse et de Montauban. Ces drames ont deux aspects. Le premier est la tragédie humaine. Le second est politique. Je parlerai du second.
Peu avant ces drames, il est arrivé à Bayrou de se rapprocher de Le Pen à un point. La campagne officielle allait commencer, et avec elle, un peu plus d'égalité. Pour que Bayrou progresse à cette période, il fallait donc que son discours puisse être plus entendu. L'assommoir de deux mois précédents ne permettait rien. Arrive donc l'affaire Merah dont les conséquences politiques ne furent pas négligeable pour Bayrou.
La première conséquence fut de paralyser la campagne pendant quasi deux semaines. Non seulement une paralysie médiatique, mais en plus un avantage pour Nicolas Sarkozy et indirectement pour Hollande. Il y a eu aussi un autre phénomène purement journalistique. Alors que Bayrou et Mélenchon ont la même attitude, que Joly a attaqué Sarkozy, la presse n'a retenu que l'attitude de Bayrou pour la fustiger et bien que dans les sondages son attitude fut plus appréciée que celle de Mélenchon, les journalistes ont valoriser Mélenchon car il montait, sans parler de son attitude, en dévalorisant Bayrou en parlant de son attitude et de sa baisse concomitante. Ce qui était valable pour Bayrou avait donc l'effet inverse pour Mélenchon. Aucune logique, mais un impact fort. Ces dix jours ont martelé dans l'esprit des Français que Bayrou avait mal joué (Mélenchon ayant fait pareil aurait dû subir le même écho) entraînant une faible dégradation de son image de marque car dans le tout dernier sondage il reste le second homme politique le plus apprécié à 57 % loin devant Mélenchon et juste derrière Hollande à 60 %. Il y a donc la conjonction de deux phénomènes qui vont dans le même sens contre Bayrou : la suspension de la campagne pour une très longue durée au plus mauvais moment interdisant à Bayrou de se faire entendre et profitant en contre coup à Sarkozy et Hollande et une sape de fond, la deuxième conséquence, à cause de son attitude le jour de la tuerie de Toulouse.
Ce fait a entraîné d'autres conséquences en chaîne. Les commentaires dithyrambiques sur l'attitude de Sarkozy lui ont redonné pour un temps un peu de tonus. Ce petit bonus a eu deux impacts : d'une part des électeurs tentés par Bayrou se sont à nouveau reportés sur Sarkozy, et avec un nouvel espoir de victoire de celui-ci en emmenant quelques uns d'autres dans leur sillage. La remontée de Sarkozy a enclenché un phénomène de vote utile faisant fuir des électeurs de Bayrou vers Hollande, et comme dans tout bon scénario catastrophe, la baisse entraînant la baisse, le sentiment que Bayrou ne pourra jamais atteindre le second tour a augmenté sensiblement dans son électorat. Comme si cela ne suffit pas il faut ajouter deux phénomènes. Parmi ses électeurs, et les études l'ont prouvé, il y en a qui se sont reportés de façon importante sur Mélenchon, même si ses soutiens ne veulent pas en entendre parler préférant croire qu'il pique des voix à Le Pen - or les derniers sondages montrent que Mélenchon, s'il a dépassé une ou deux fois Le Pen est redescendu derrière elle - car c'est tellement plus valorisant pour leur leader de terrasser le FN que d'avoir les renforts honteux des électeurs de Bayrou l'ennemi. Ces électeurs-là, sont ceux qui veulent renverser la table et pour qui Bayrou était un choix possible, comme il ne paraît plus pouvoir l'emporter ils vont voir ailleurs. Il est parfaitement évident que si cela avait été Buffet à la place de Mélenchon, cela ne serait jamais arrivé. En effet la personnalité et la flatterie des media à son profit ont joué dans ce sens.
Enfin, ce cercle vicieux ne serait pas complet si le dernier phénomène ne venait pas le compléter, celui de l'augmentation de l'abstention. On estime à 5 points de plus cette abstention. Les électeurs de Bayrou seraient massivement ces nouveaux abstentionnistes. Tout prouve que les deux hommes de tête ne le sont que par dépit et par opposition à l'autre. On vote contre et non pour. Les thèmes de campagne, relayés avec complaisance par la presse ont ajouté à ce désintérêt. Et comme Bayrou ne paraissait plus capable de se retrouver en finale, ces électeurs, de dernier groupe-là, préfèrent l'abstention et le désertent.
Cette hypothèse signifie qu'il y a une mayonnaise qui a pris contre Bayrou. Alors Bayrou qui croit encore être présent au second tour est-il fou, orgueilleux comme on n'a jamais vu, illuminé ? Il croit que sa persévérance sera reconnue. Il reste un peu plus de dix jours et il faudrait qu'il plus que double son score pour espérer être en finale. Est-ce une seconde envisageable ? A toute personne raisonnable, tout comme à moi, cela paraît peu probable. Impossible ? C'est tout autre chose. Que faudrait-il pour que cela devienne possible ? Une autre conjonction de phénomènes. Si on compare avec un fait physique, cela se pourrait avec l'effet vortex. Vous savez, pour vider une bouteille, au lieu de la renverser simplement, vous faites tourner le liquide à l'intérieur de telle sorte qu'une aspiration d'air entre en jeu et fasse comme une mini-tornade qui attire violemment le liquide vers le bas. C'est un phénomène accélératoire. Il faudrait en somme un phénomène inverse de ce qui a entraîné sa baisse, vers la hausse. Et c'est urgent.
Il faudrait deux choses :
1- que les Français se disent que la persévérance, la constance, le discours sans promesses fallacieuses, discours qui redonne un espoir car si nous sommes en cause c'est donc que nous pouvons par nous-mêmes nous en sortir alors que c'est ce sont les autres nous ne pourrons y arriver, la confiance que les Français mettent en lui, que le fait qu'il ait eu raison est un atout, tout comme de dire la vérité, que ce qui se passe en Espagne peut nous arriver - et que Bayrou avait prédit aussi - , que l'on ne peut réussir qu'en se serrant les coudes et en travaillant ensemble que tout ceci est le simple bon sens et que cela doit se traduire en vote ;
2- que le mirage de la hausse dans les sondage de Sarkozy s'effondre, qu'enfin les Français ouvrent les yeux et se rendent compte du bilan catastrophique du Président de la République, de ses fiascos, de ses mensonges de ses innombrables affaires (au fait Mediapart a retrouvé le prêt de l'AN qui est de 1,68 MF ; il en manque donc beaucoup pour arriver à 3) et que le vortex s'enclenche : la baisse de Sarkozy ayant pour effet un retour de certains électeurs vers Bayrou, cette baisse qui sera confirmé par la permanence de son impossibilité de battre Hollande jusqu'au point où cela deviendra une certitude, augmentant le retour vers Bayrou qui seul peut le battre, cette baisse dégageant Hollande de la menace Sarkozy, verra refluer les électeurs de Bayrou qui s'étaient portés sur Hollande, dans le même temps, la remontée de Bayrou décidera ses électeurs abstentionnistes à revenir vers lui, l'aidant à remonter encore la pente et enfin ceux qui se sont portés sur Mélenchon voyant que celui-ci ne passera pas devant Le Pen, ne sera jamais élu et ne changera en rien le programme de Hollande, et voyant que Bayrou remonte le suivront. Dans ce mécanisme ce qui déclenchera tout est, non la confiance en Bayrou, car il l'a, mais la confiance en sa capacité à atteindre le second tour. Un élément peut tout faire basculer. On a parlé de 5 points d'abstention supplémentaires depuis le début de la campagne. Or 5 points sur 70 % de votants restant cela fait en réalité 7,15 %. Je ne sais si, comme le montrent les études, majoritaire pour Bayrou veut dire 50 ou 60 %. Si nous étions d'un fol optimisme nous pourrions dire que ce sont 70 % de ces abstentionnistes qui sont pour Bayrou et qui reviennent. Cela changerait tout car il s'agirait alors d'un apport massif et brutal de 5 points. Ce serait là le catalyseur du vortex.

En attendant, quoiqu'il advienne, il est urgent d'informer les Français sur le bilan de Sarkozy et sur ce qu'en pense la presse étrangère de ses affaires et pour cela vous avez ci-dessous un graphique et une vidéo. Ouvrons les yeux des Français.

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